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Nos ancêtres les aïeux | TR Histoire

Alors, quand va-t-on les voir, nos grands ancêtres ? Quand et comment a-t-on découvert celui qui peut être considéré comme le « premier français » ? Quand parle-t-on de l’homme de Néandertal ? De l’homme de Cro-Magnon ??

NOS ANCÊTRES LES AÏEUX

DEUXIÈME PARTIE

03

2 000 000

AVANT

J.C.

  

L'Homme de Cro-Magnon est à l'origine le nom donné à un ensemble de restes fossiles d'Homo sapiens découverts en 1868 par Louis Lartet sur le site de l'abri de Cro-Magnon, aux Eyzies-de-Tayac (Dordogne, France), lieu auquel il doit son nom (« cros » voulant dire « creux » en occitan).


Cette expression a été étendue à la fin du xixe siècle à tous les représentants de l'espèce Homo sapiens trouvés en Europe au Paléolithique supérieur, entre environ 48 000 et 12 000 ans avant le présent. Cette deuxième acception s'est toutefois aujourd'hui raréfiée dans la littérature scientifique, et s'emploie désormais surtout dans l'usage courant. Les chercheurs utilisent actuellement plutôt les expressions Homo sapiens et Homme moderne.

CRO-MAGNON, CHIMPANZÉ ET NOUS... |

On peut objecter que Cro-Magnon est aussi un artiste : il sait sculpter de petits chefs-d’œuvre en ivoire. Il sait faire quelques trous dans un tibia pour se confectionner une flûte. Mais n’oublions pas qu’il possède, comme nous, 98.5% du patrimoine génétique du chimpanzé chez lequel Jane Goodal, primatologue, a mis en évidence en 1980 des comportements guerriers qui ressortissent à l’instinct. Désormais, lorsque vous relirez sous la plume du grand Jean Jacques Rousseau [1712-1778] : « L’homme est naturellement bon », vous lui emboîterez peut-être moins facilement le pas vers certaines naïvetés moins innocentes qu’il n’y paraît…

-15 000 : CAMPING INTINÉRANT |

Reprenons la course de l’homme dans le fil des années. Situons-nous-en -15 000. Tiens : voici un magdalénien. Qu’est-ce qu’un magdalénien ? un contemporain de Cro-Magnon, plus petit, descendu du Nord à la poursuite de rennes, et qui s’est installé en Dordogne, notamment dans la grotte de La Madeleine près des Eyzies (d’où le nom de cette époque et de l’homme qui l’occupe : le Magdalénien). Il fait en France un froid de Sibérie, il neige pendant six ou huit mois par an. L’été, le Magdalénien quitte ses grottes pour aller camper, par exemple au bord de la Seine, à Montereau où, en mai 1964, on a découvert les traces du passage d’une tribu traquant le renne. Peu à peu, le climat se réchauffe, les glaciers fondent, la steppe recule et laisse place à de large fleuves et rivières, à d’immenses forêts. Nous sommes entre -10 000 et -5 000. Notre Français de l’époque s’appelle l’Azilien (nom donné à cette époque à partir de sites découverts au Mas-d’Azil en Ariège). Le gros gibier migre vers l’Europe du Nord. Il va falloir faire preuve d’ingéniosité pour survivre : c’est, après la fin de Paléolithique, le Mésolithique.

- 5 000 : L'ÉCONOMIE DE PRODUCTION |

L’ingéniosité se manifeste par la création ou le perfectionnement de l’arc et de la flèche. Peu à peu, cet instrument de chasse (et de guerre) devient aussi efficace à cinquante mètres que des plombs de chasse de 12 ou 14, traversant presque de part en part un ours, et a fortiori, un homme.


Ces groupes d’archers sont accompagnés d’un animal qui s’est apprivoisé progressivement, attiré sans doute par une nourriture varié et facile contre une soumission de tout instant : le chien. Plutôt caractéristiques du Mésolithique, les archers voient arriver peu à peu d’autres hommes venus de loin qui savent conserver à portée de silex des troupeaux d’animaux peu sauvages, le mouton ou le porc par exemple. Ils découvrent aussi qu’en plantant et replantant, il est possible de récolter régulièrement et de prévoir « quelques grains pour subsister jusqu’à la saison nouvelle » … La cigale qu’était le cueilleur est remplacée par la fourmi-agriculteur. Voici donc notre homme qui inaugure, vers – 5 000 à la fois le Néolithique, période de la « nouvelle pierre » ou « pierre polie », et l’économie de production, l’ère du rendement.

CIVILISATION CARDIALE, CIVILISATION RUBANÉE |

Intrigants, ces deux mots : cardiale et rubanée… Voici l’explication : la création de l’agriculture, conséquence instantanée de la sédentarisation au Néolithique, s’est effectuée à partir de deux axes de pénétrations des influences étrangères :

LES VILLAGES AUSSI SONT DIFFÉRENTS |

  • Ceux du Midi rassemblent dans de petites maisons des groupes peu nombreux qui réservent encore à la chasse une part importante de leur subsistance.

     
  • Ceux du Nord sont constitués de maisons tout en longueur, entre dix et quarante mètres (leur largeur varie de six à huit mètres).

Dans les villages du Nord, on entrepose les récoltes de blé, d’orge, de légumes séchés, la viande de consommation courante provient des animaux d’élevage. On tisse des étoffes, on fabrique des poteries, on enterre les morts. Bref, la routine s’installe…

CRO-MAGNON |

Les squelettes découverts par Louis Lartet, dont celui d'un individu relativement âgé surnommé parfois « le Vieillard », ont été utilisés par Armand de Quatrefages et Ernest Hamy pour définir en 1874 la « race de Cro-Magnon », en la distinguant d'autres « races » (« race de la Truchère », « race de Grenelle », etc.) selon les conceptions de l'anthropologie physique de l'époque. Alors que les autres dénominations définies par Quatrefages et Hamy tombèrent dans l'oubli, celle d'« homme de Cro-Magnon » connut un grand succès, et fut utilisée pour désigner l'ensemble des fossiles d'hommes modernes peu à peu découverts en Europe occidentale (Dordogne, grottes de Grimaldi, etc.).


Par la suite, d'autres expressions dérivées furent créées comme Proto-Cro-Magnon, désignant les Homo sapiens du Proche-Orient (Qafzeh et Es Skhul), et Cro-Magnoïdes ou Cromagnoïdes, désignant ceux d'Europe présents au Mésolithique.


Actuellement, la communauté scientifique a abandonné l'expression vieillie d'« homme de Cro-Magnon » au profit de celles d'« homme moderne » et d'Homo sapiens.

« L'Homme de Cro-Magnon » subsiste cependant dans l'usage populaire, comme dans la chanson éponyme de 1955 par les Quatre Barbus.


L'étude paléopathologique du crâne de Cro-Magnon 1 a proposé plusieurs hypothèses pour expliquer l'origine des nodules disgracieux sur son visage. En 2018, un examen anthropologique et médical direct, suivi d’un micro-CT-scanner suggère que les tumeurs bénignes le long du trajet des nerfs périphériques correspondent à des neurofibromes et à une maladie génétique, la neurofibromatose de type I.


Selon une étude paléogénétique publiée en 2016, basée sur 51 fossiles d'Homo sapiens européens datés entre 45 000 et 7 000 ans avant le présent, les populations européennes de l'époque de Cro-Magnon (Gravettien) n'ont participé qu'à la marge au patrimoine génétique des populations européennes actuelles. Plusieurs vagues de peuplement postérieures venues du Proche-Orient ou d'Europe orientale ont en effet profondément remanié la composition génétique des populations européennes entre le dernier maximum glaciaire et l'Âge du bronze, effaçant à chaque fois une partie importante du fond génétique antérieur.


Le nom de « Cro-Magnon » vient d'un toponyme faisant référence à un petit abri sous roche situé sur la commune des Eyzies-de-Tayac-Sireuil. Le toponyme lui-même est une francisation de l'occitan Cròs-Manhon. Le premier élément signifie « creux, grotte », tandis que le deuxième pourrait signifier « grand » (du latin magnus) ou être le nom d'une personne.


En 1868, le ministre de l'Instruction publique apprend la nouvelle d'une importante découverte à Tayac. Il confie au géologue Louis Lartet la mission de vérifier son authenticité. Celui-ci relate que les squelettes humains furent trouvés sous un talus formé d'éboulis provenant de l'escarpement rocheux situé au-dessus. La construction de la ligne de chemin de fer Niversac-Agen, vers 1863, avait déjà donné lieu à des emprunts de terre, mais c'est la construction d'une route voisine en mars 1868 qui entraine la découverte des restes humains. Louis Lartet effectue des fouilles sur le site, l'un des nombreux abris sous roche de la falaise des Eyzies. Il découvre cinq squelettes associés à d'autres restes fragmentaires. Parmi les cinq squelettes, on compte un adulte d'une cinquantaine d'années (Cro-Magnon), deux autres hommes adultes (Cro-Magnon) dont la taille atteignait 1,80 m, une femme (Cro-Magnon) et un nouveau-né, dans ce qui était probablement une sépulture attribuée alors à l'Aurignacien. À cette époque, ce terme recouvrait ce que l'on nomme aujourd'hui l'Aurignacien et le Gravettien.