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La bataille d'Alésia
La fin de ROBESPIERRE

LA UNE

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Le baptême de Clovis est le baptême et la conversion du roi des Francs Clovis I et plus de 3 000 de ses guerriers à la religion chrétienne. Réalisé par l'évêque Remi, il aurait eu lieu le 25 décembre d'une année comprise entre 496 et 506 à la cathédrale de Reims.

LA BATAILLE D'ALESIA

LA FIN DE ROBESPIERRE

MISE EN PAGE :

Laurent FORELLI

FONDATEURS :

Laurent FORELLI

Sébastien COLAU

Alexandre FORELLI

INTRODUCTION

24/25

DEC.

505

Source :

DIVERS AUTEURS

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le livre au Furet du Nord

La conversion de Clovis, dont la date reste incertaine (496 ou 498), est un moment charnière de l’histoire de France. Elle arrime fermement et durablement la royauté à l’église catholique, un cheminement dans l’ombre portée duquel va peu à peu se constituer l’unité du royaume.


En 481, à la mort de son père Childéric, Clovis, âgé de 15 ans, devient roi d’une des tribus franques, les Francs saliens, établie dans la région de Tournai, en Belgique. Ces rois francs appartiennent à une famille que l’on a appelée mérovingienne, du nom de Mérovée, un personnage dont l’existence n’est pas avérée mais que la légende présente comme le père de Childéric. Lors de l’avènement de Clovis, la situation politique religieuse de la Gaule est pour le moins confuse.  Ainsi la population gallo-romaine est catholique.  Les Wisigoths et les Burgondes sont ariens, et les Francs sont encore païens. En 493, Clovis (bien que païen) épouse une princesse catholique très pieuse, Clotilde, nièce du roi des Burgondes, Gondebaud. L’évêque Grégoire de la Tours, seule source dont on dispose, raconte que la reine n’eut de cesse de « prêcher auprès du roi la connaissance du vrai Dieu et l’abandon des idoles ». D’ailleurs, elle persuada son époux de laisser baptiser es deux premiers enfants qu’elle lui donna. Bien que l’aîné mourût après avoir reçu le sacrement, Clovis n’empêcha pas sa femme de faire administrer le baptême au cadet. Mais rien ne pouvait le porter à cette croyance lorsque survint la guerre contre les Alamans. Ces derniers, peuple germain établi dans la région de l’Alsace et de la Lorraine, veulent pousser leur domination plus avant en Gaule. Le roi des Francs ripuaires, Sigebert le Boiteux, dont le royaume englobe la région de Cologne, appelle Clovis à l’aide. Celui-ci lève une armée.

10 NOVEMBRE 496

Le choc a lieu non loin de Cologne. La bataille tourne à l’avantage des Alamans. Voyant la victoire lui échapper, Clovis invoque le Dieu unique de Clotilde. Grégoire de Tours retrace ce moment : « Ô Jésus Christ, que Clotilde affirme Fils du Dieu Vivant, toi qui donnes du secours à ceux qui sont en danger et accordes la victoire à ceux qui espère en toi, je sollicite avec dévotion la gloire de ton assistance, si tu m’accordes la victoire sur ces ennemis, je croirai en toi, et me ferai baptiser en ton nom. » Finalement vainqueur des envahisseurs, Clovis va tenir parole.

25 DÉCEMBRE 496

En ce début de journée, l’église de Reims, l’une des plus anciennes du nord du pays, est bondée. Des nombreux chefs francs s’y pressent, ainsi que plusieurs notables gallo-romains désormais prêts à se soumettre à l’autorité du roi. Clotilde a annoncé elle-même la bonne nouvelle à Rémi, l’évêque de Reims. Grégoire de Tours nus dit que la place de l’église est recouverte d’étoffes teintes, que des tentures blanches tapissent ses murs. Le baptistère est parfumé et les cierges brillent.

BIENTÔT

Dans cette atmosphère très recueillie, Clovis se dirige vers la piscine baptismale pour y être purifié et donc lavé de ses fautes. Au moment où il va être baptisé, Rémi s’adresse à lui : « Baisse docilement la tête, retire tes colliers (divers porte-bonheurs païens), brûle ce que tu as adoré, adore ce que tu as brûlé. » Dans les vapeurs de l’encens, Rémi oint Clovis du Saint Chrême « au moyen du signe de la croix du Christ ».

DANS LES HEURES QUI SUIVENT

Quelques 3 000 hommes de l’armée franque, ainsi que la sœur de Clovis, elle-même, Alboflède, reçoivent à leur tour le baptême. C’est un jour radieux pour la reine Clotilde qui, depuis son mariage, n’a eu de cesse d’exhorter son mari à se convertir. En abjurant le paganisme pour le catholicisme, alors que tous les autres rois sont ariens, Clovis vient de s’adjuger la confiance de l’épiscopat de Gaule, la seule puissance alors influente.


De fait, en choisissant le « camp » de l’église, la plus haute autorité spirituelle de l’époque, Clovis fait basculer celle-ci du côté des Francs. Le roi en retirera un réel avantage, notamment le jour où il se décidera d’attaquer les Wisigoths, persécuteurs des évêques, en 507, à Vouillé : la popularité croissante de Clovis auprès des catholiques aura incontestablement effrayé le roi des Wisigoths, Alaric II. Toujours selon Grégoire de Tours, Clovis a gagné la bataille de Vouillé « avec l’aide de Dieu ». Le même chroniqueur écrit que, avant de marcher sur l’ennemi, Clovis avait réuni ses guerriers pour leur dire : « Il me déplait que des hérétiques possèdent la plus grande partie de la Gaule. Marchons contre eux, et avec l’aide de Dieu nous prendront leur terre qui est bonne. »


Dès lors, seul souverain catholique, Clovis devient tout naturellement le chef des catholiques et leur protecteur. Un évêque du pays des Burgondes lui écrira ainsi : « Lorsque tu combats c’est nous qui triomphons. » Son baptême et les succès militaires remportés sur les Alamans, les Burgondes et les Wisigoths font de lui le fondateur de la dynastie franque. Des victoires qui lui permettent également d’agrandir son royaume, dont il étend l’emprise jusqu’à la bretagne et la Loire. Suzerain de toute la Gaule, il reçoit de l’empereur d’Orient Anastase le titre de « patrice ». Par ce titre, Clovis reconnaît certes l’empereur, mais, surtout, est reconnu de lui comme chef incontestable de l’ensemble du pays. Après sa mort, toutefois, en 511, la loi salique excluant les femmes de l’ascension au trône, son royaume sera partagé entre ses quatre fils. Avec cette succession morcelée, l’unité mérovingienne sera donc perdue, et les royaumes ainsi formés en découdront pendant des années.

CLOVIS

Le règne de Clovis est l'un des moins bien documentés de la dynastie mérovingienne ; les sources le concernant reposent sur de rares documents qui lui sont contemporains — une dizaine de lettres allusives dont une lui est attribuée qui fait moins de quinze lignes — connues par des copies tardives, pas toujours très fiables, et sur des auteurs qui écrivent près de trois générations après sa mort. Cette documentation lacunaire a permis « de largement spéculer sur la figure du fondateur de la dynastie mérovingienne » qui « réduit à sa seule consistance historique vérifiable […] serait demeuré dans la discrétion de l'histoire savante ».


L'essentiel de ce que l'on sait de Clovis provient du récit rédigé à la fin du vie siècle par l'évêque Grégoire de Tours, né près de trente ans après la mort du roi franc. Ce récit occupe une courte partie — quinze courts chapitres — du livre II de la chronique universelle connue sous le titre d'Histoire des Francs. Grégoire entend faire de Clovis, premier roi franc baptisé, une figure fondatrice qu'il dépeint à l'image d'un souverain de l'Ancien Testament dans un récit qui est à ce titre sujet à caution. Sa narration des événements suit un découpage par tranches de cinq années, peut-être une réminiscence des quinquennalia ou des lustra romaines : accession au trône à 15 ans, guerre contre Syagrius à 20, baptême à 30, consulat à 40 et décès à 459. À partir du VIIIe siècle, les copistes tendent à escamoter le premier volume des Histoires, contribuant à faire de Clovis le roi des origines.


Trois sources antérieures à celle de Grégoire de Tours décrivent la situation politique du nord de la Gaule à cette époque. Il s'agit de la Chronique d'Hydace, évêque de Chaves en Gallæci, d'une chronique gallo-romaine du ve siècle, la Chronica Gallica de 452 (continuée par la Chronica Gallica de 511) et de la Chronique de Marius, évêque d'Avenches. Un siècle après Grégoire, le chroniqueur Frédégaire propose un portrait « beaucoup plus baroque » du souverain franc, oscillant entre traditions germaniques et romaines.


La seule forme contemporaine écrite attestée de son nom est le latin Chlodovechus, rendant probablement son nom francique reconstitué en runes ᚺᛚᛟᛞᛟᚹᛁᚷ : *Hlodowig, que l'on suppose prononcé [xlod(o)wɪk] ou [xlod(o)wɪç], signifiant « glorieux au combat », Chlodowig, étant composé des racines hlod (« renommée », « illustre », « gloire ») et wig (« bataille », « combat »), c'est-à-dire « illustre dans la bataille » ou « combat de gloire ».


Fréquemment utilisée par les Mérovingiens, la racine hlod est aussi à l'origine de noms tels que Clotaire (Lothaire) et Clodomir, Clodoald ou encore Clotilde. L'appellation du roi franc dérive ensuite de « Hlodovic » puis « Clodovic » qui, latinisé en Chlodovechus, donne Chlodweg, Hlodovicus, Lodoys, Ludovic, « Clovis » et « Clouis », dont est né en français moderne le prénom Louis, porté par dix-sept rois de France. Il donne aussi en allemand Ludwig.


Comme tous les Francs du début de l'ère chrétienne, Clovis parlait une ou des langue(s) germanique(s) du sous-groupe linguistique dit bas francique.


Du déclin de l'Empire romain d'Occident et des « invasions barbares » résulte l'établissement durable de royaumes barbares dans l'Empire et notamment en Gaule. Les peuples fraîchement installés occupent des parties de territoire avec le statut de fédérés (fœdus) puis, avec la déliquescence du pouvoir romain en Occident se constituent bientôt en royaumes indépendants cherchant à s'étendre au détriment des territoires voisins. Quand Clovis apparaît dans l'histoire, les Francs occupent le nord de la Gaule à la suite d'une série d'incursions souvent brutales. Les Wisigoths — ennemis héréditaires des Francs — dominent un vaste territoire au sud-ouest de la Gaule dont la frontière est marquée par la Loire, le Rhône et la Durance, les Burgondes sont établis dans la Sapaudia à l'est de Lyon sur un espace qui s'étend de Langres à la Durance. Enfin, les Bretons, fuyant leur île, s'installent en Armorique vers le milieu du Ve siècle.


Les Francs constituent une ligue de peuples germaniques qui, bien qu'ayant établi un fœdus avec l'Empire, sont restés païens à la différence de peuples plus romanisés tel les Burgondes, Ostrogoths, Vandales ou les Wisigoths qui adoptent largement le christianisme arien de tendance homéenne de Wulfila. Malgré les tentatives d'harmonisation théologique et dogmatique afin de définir une orthodoxie, l'Empire est à cette époque traversé de débats christologiques qui opposent le christianisme nicéen au christianisme arien et perdurent tout au long du ve siècle, et les dirigeants adhèrent tantôt à l'une ou à l'autre des professions de foi concurrentes même s'il faut noter qu'en Gaule, les rapports entre les différentes confessions chrétiennes sont souvent dépourvus d'hostilité.


Clovis est le fils du mérovingien Childéric Ier, roi des Francs saliens de Tournai, et de la reine Basine de Thuringe, peut-être originaire de la Thuringe rhénane28 ou de la Bretagne insulaire. Il est né à une date inconnue de la moitié du ve siècle, certains auteurs avançant les alentours de l'année 466.


Grégoire de Tours fait apparaître Childéric Ier dans son récit en 457, lorsque Childéric, qui déshonorait les femmes de ses sujets, provoque la colère de son peuple qui le chasse. Il se réfugie alors en Thuringe pendant huit ans, probablement à partir de 451. Vivant auprès du roi Basin, il séduit la femme de son hôte, Basine, qu'il ramène avec lui lorsque les Francs saliens le réclament sur le trône. Le roi épouse Basine. De ce mariage naît Clovis.


Trois autres enfants naissent de cette union :

 

  • Alboflède ou Albofledis, baptisée en même temps que son frère, qui devient religieuse mais meurt peu après ;

  • Lantilde ou Landechildis, mentionnée brièvement par Grégoire de Tours quand elle aussi est baptisée en même temps que son frère ;

  • Audoflède ou Audofledis, que Clovis marie en 492 à Théodoric le Grand, roi des Ostrogoths d'Italie.


Childéric, exerçant des fonctions administratives, doit résider dans une ou plusieurs cités de Belgique seconde et occuper le palais attribué à l’attention des gouverneurs romains. Son fils a dû naître à Tournai et recevoir, selon les coutumes germaniques, un baptême païen. Son parrain le nomme Chlodweg et le plonge dans l’eau huit jours après sa naissance. Son éducation a dû se faire dans la partie de la résidence réservée aux femmes, le gynécée. Vers six ou sept ans, son père dut prendre en charge son éducation en lui offrant un casque de fer, un bouclier et un scramasaxe utilisé pour la parade. Même si sa majorité est fixée à douze ans, il ne lui est cependant pas possible de combattre avant l'âge de quinze ans. Il reçoit une instruction basée sur la guerre : des activités sportives, l’équitation et la chasse. Il parle le francique, et devant succéder à son père à la tête d’une province romaine, il apprend le latin. Néanmoins, il n’est pas possible de prouver qu’il ait su lire et écrire. Il dut aussi se voir enseigner l’histoire de son peuple.


À la mort de son père, en 481 ou 482, Clovis hérite d'un royaume qui correspond à la Belgique seconde (à peu près la région de Tournai en actuelle Belgique), petite province située entre la mer du Nord, l'Escaut et le Cambrésis, soit un territoire allant de Reims jusqu'à Amiens et Boulogne, à l'exception de la région de Soissons, qui est contrôlée par Syagrius.


Clovis prend la tête du royaume franc salien. Le titre de « roi » (en latin rex) n'est pas nouveau : il est notamment dévolu aux chefs de guerre des nations barbares au service de Rome. Ainsi, les Francs, anciens fidèles serviteurs de Rome, n'en demeurent pas moins des Germains, des barbares païens, bien éloignés par leur mode de vie des Gaulois romanisés par près de cinq siècles de domination et d'influence romaine.


Clovis n'est alors âgé que de quinze ans et rien ne prédispose ce petit chef barbare parmi tant d'autres à supplanter ses rivaux, plus puissants. Les historiens ont longtemps débattu sur la nature de la prise du pouvoir par Clovis. Au XVIIIe siècle, ils s'affrontent sur l'interprétation d'une lettre de l'évêque Remi de Reims. Montesquieu, dans l'Esprit des lois, penche pour une conquête du royaume par les armes, alors que l'abbé Dubos prône la dévolution, par l'Empire romain finissant, de la Belgique seconde à la famille mérovingienne. Aujourd'hui, cette dernière thèse l'emporte.


À la lumière des événements postérieurs, sa réussite militaire incontestable doit évidemment à ses qualités personnelles de chef très rusé (« astutissimus »), mais au moins autant à l'acquisition depuis longtemps par les siens de l'expérience romaine de la guerre — la discipline exigée de ses soldats lors de l'épisode de Soissons en témoigne, tout comme la tombe de son père Childéric — et à sa conversion au christianisme et, à travers celle-ci, son alliance avec les élites gallo-romaines.


Ainsi, le règne de Clovis s'inscrit-il plutôt dans la continuité de l'Antiquité tardive que dans le Haut Moyen Âge pour de nombreux historiens. Il contribue cependant à forger le caractère original de cette dernière période en donnant naissance à une première dynastie de rois chrétiens et, en raison de son acceptation par les élites gallo-romaines, en créant un pouvoir original en Gaule.


Toute sa vie, Clovis s'efforce d'agrandir le territoire de son royaume, avant que ses enfants ne le partagent entre eux. Peu à peu, Clovis conquiert ainsi toute la moitié septentrionale de la France actuelle : il s'allie d'abord aux Francs rhénans, puis aux Francs de Cambrai dont le roi Ragnacaire est probablement un de ses parents.