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John George PHILLIPS

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Le 17 juin 1940, quand Pétain annonce l’armistice, elle vomit. La jeune chercheuse en ethnologie, familière des livres et des musées, décide aussitôt de passer à l’action.

JOHN GEORGE PHILLIPS

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SON HISTOIRE

30

MAI

1907

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le livre au Furet du Nord

LA RÉSISTANTE

Vendredi 13 aout 1942, Paris est écrasé de chaleur. Une jeune femme de 35 ans, brune et mince, le regard droit et déterminé, file à vélo en évitant les patrouilles allemandes qui sillonnent la capitale. Germaine Tillion est concentrée sur sa mission. Elle arrive quai de la Gare et met pied à terre devant un religieux. C’est l’abbé luxembourgeois Robert Alesch. Sans un mot, ils marchent jusqu’à la gare de Lyon où le prêtre doit prendre le train pour acheminer les documents ultrasecrets à destination des services de renseignements britanniques. Germaine à l’air calme, mais son cœur bat la chamade. Elle accompagne Alesch devant la grille où son poinçonnés les billets, il passe le contrôle et elle le regarde s’éloigner… Mission accomplie. Elle s’apprête à repartir quand une main s’abat brutalement sur son épaule : « Police allemande, suivez-nous ! »  Ils sont trois en civil. La fuite est impossible.



Le voici ce moment tant redouté. Deux ans déjà que Germaine a basculé dans ‘action clandestine, mettant sa vie en sursis. Tout à commencé le 17 juin 1940, quand elle entend à la radio l’annonce de l’armistice. Le choc est violent : Germaine se courbe en deux et vomit. Immédiatement, la jeune ethnologue, qui ne peut se résigner à la défaite, prend contact avec le colonel Paul Hauet, héros de la Grande Guerre. Sous couvert d’une association d’aide aux soldats coloniaux, il organise un réseau de renseignements à destination des Alliés. Son groupe monte des filières d’évasions, cache des prisonniers et des juifs, fournit des faux-papiers. Germaine lui parle de patriotisme et d’engagement. Elle raconte sûrement comment, alors qu’elle n’était qu’une enfant pendant la Première Guerre, elle croyait en « l’existence de deux montres sans visage : l’Allemand et la Mort ». « La nuit, je rêvais de m’engager comme chien de guerre », dit-elle. Opiniâtre, rigoureuse, dévouée : Germaine a toutes les qualités d’une résistante. Elle fera l’intermédiaire entre d’autres cellules de résistants et des membres de la Bibliothèque nationale ou du musée de l’Homme. Officiellement, le groupe envoie des colis aux prisonniers de guerre. Mais leurs véritables activités sont bientôt révélées par des traites. Le 5 juillet 1941, le colonel Hauet est arrêté. Germaine le remplace alors à la tête du réseau et porte seule la responsabilité de ce qui sera appelé le « groupe du musée de l’Homme ». Désormais, elle le sait, sa vie ne tient plus qu’à un fil. Un fil ténu qui vient de se casser ce 13 aout 1942.



Retour Gare de Lyon. Germaine ne se laisse pas impressionner par les trois sbires. Provocante et le verbe haut, elle rétorque : « Vous pensez peut-être que je suis juive ? » « Non, répondent-ils. N veut seulement vérifier vos papiers. » Elle est poussée dans une voiture et conduite au 11, rue des saussaies, devenue en 1940 le siège de la Police de sureté allemande. Les interrogatoires se succèdent. La jeune femme nie tout, s’enferme dans le silence. Résister à la fatigue, tenir face à l’insistance des policiers, ne pas céder à la lassitude. Germaine s’évade par l’esprit. Elle pense à ses sept camarades, exécutés six mois plus tôt au mont Valérien pour faits de résistance. Ce sont les martyrs du groupe du musée de l’Homme. Par respect envers eux, elle ne doit surtout pas parler. Mais le policier allemand se met brusquement à aboyer, la tirant de ses pensées : « Vous serez fusillée demain pour faits de Résistance. » Germaine Tillion relève la tête : « Ah oui ? Oh, exécutez-moi, je vous avais oublié ! » L’officier est tellement sidéré qu’il en bégaie : « Mais ! Vous haussez les épaules ? Vous ... » Incapable de finir sa phrase, il sort furieux de sa cellule. Germaine jouit d’un instant de répit. Le temps passe et on ne la fusille pas. Elle est conduite à la prison de Fresne. Les semaines et les mois s’écoulent dans une attente interminable, rythmée par le son des exécutions qui ont lieu chaque matin : Germaine attend son tour, entonnant La Marseillaise à l’unisson des codétenues lorsque l’une d’elles et emmenée devant le peloton.



Fin octobre 1943, elle est déportée au camp de Ravensbrück, en Allemagne, quatorze mois après son arrestation. La mort, elle le sait, l’attend au bout du voyage (90 000 femmes et enfants seront exterminés jusqu’en 1944). Pendant le trajet en train, elle tente de se réconforter en se rappelant son enfance heureuse en Haute-Loire. Un père magistrat et écrivain, une mère critique d’art et éditrice. Dans la riche bibliothèque de ses parents, la petite Germaine dévore très tôt les sulfureux Mémoires de Casanova, à l’âge où d’autres lisent encore des contes. Ses parents lui apprennent à donner libre cours à sa curiosité. A 21 ans, ele suit l’enseignement du célèbre anthropologue Marcel Mauss. Débute alors une vie de découvertes. Fin 1932, c’est la Prusse orientale, où il assiste à la montée en puissance du national-socialisme allemand : « Premier contact (plein d’aversion et d’ironie) avec le nazisme », écrira-t-elle plus tard. En 1934, elle part pour Londres, où Mauss l’a recommandée à l’Institut international des langues et civilisations africaines. Au cours de la même année, elle s’embarque pour une mission ethnographique dans le massif de l’Aurès. Dans l’est à l’Algérie. Jusqu’en 1938, Germaine y partage la vie des Chaouias, semi-nomades dont elle apprend la langue et les coutumes. Toujours en mouvement, elle va là où on ne l’attend pas. Elle explore à dos de mulet les vallées les plus enclavées, noue de forts liens d’amitié avec les Algériens et parviens à s’imposer aux hommes tout-puissants de la tribu, ce qui lui fait écrire dans ses carnets de route : « Dans une société extrêmement virile, quand par hasard une femme a de l’autorité, elle en a beaucoup plus qu’un homme ». C’est incontestablement son cas ! Elle passera même son existence à le prouver…



Terminus Ravensbrück, Germaine devient une série de chiffres : le matricule 24588 que les nazis tatouent sur son poignet. Le triangle rouge des prisonnières politiques est cousu la veste de son uniforme. Elle est classée « Nacht und Nebel » (« Nuit et brouillard »), le nom de code donné par le IIIe Reich aux personnes vouées à disparaitre dans laisser de trace. Les hurlements des soldats résonnent sur les murs des baraquements. Une fumée sinistre s’échappe des cheminées. Certaines femmes deviennent folles face à l’horreur : le froid jusqu’à -40°C, les tortures et bastonnades systématiques, les bébés jetés dans les fours crématoires, les expériences « médicales » jusqu’à la vivisection humaine, les exécutions quotidiennes pat pendaison, gazage ou empoisonnent. Germaine, elle aussi, pourrait céder au désespoir. D’autant que, dès les premières semaines, elle manque succomber à la diphtérie, elle est miraculeusement sauvée grâce à la solidarité de ses camarades. « Tout le camp était visiblement tissé des fils tenus de l’amitié », témoignera-t-elle plus tard.



ELLE SURVIT ! ses compagnes la rebaptisent Kouri, un surnom inventé par affection, sans signification particulière. Ensemble, elles vont ‘écharner à vivre… Sa stratégie : préparer la sortie du camp, faire comme si les nazis allaient perdre la guerre croire en l’impossible. Selon ses propres termes, elle se met « en chasse » et récolte méticuleusement, comme son métier lui a appris, un maximum d’informations dans l’espoir de révéler plus tard au monde les atrocités des nazis. C’est un pari formidable : il faudra qu’elle survive pour témoigner. Et que sa parole soit documentée. Elle se dit : « Ma formation d’ethnologue m’aide à attraper ce que j’ai devant moi, eh bien, pourquoi ne pas la partager ? » Sur des feuilles et avec un crayon volé par ses compagnes au péril de leur vie, elle établit une chronologie minutieuse de l’activité du camp, calcule (grâce à leur numérotage) les arrivées et les disparitions, consigne les origines des prisonnières et leurs affectations par « blocks » ou baraques, enregistre les différentes formes de coercition et les horaires de travail. Pour n’être pas comprise des nazis qui pourrait l’entendre, elle apprend des rudiments de dialectes gitans et communique avec les Tziganes, parmi les plus suppliciées dans la « hiérarchie » des prisonnières. Comble de l’ironie, elle tient même, en avril 1944, une pseudo conférence clandestine sur les bénéfices personnels qu’Himmler tire de Ravensbrück et sur l’économie du système d’extermination par le travail.



Le savoir et le rire : ce sont ses deux armes favorites pour combattre la fatalité. Pour remonter le moral de ses camarades, elle décide d’écrire avec elles une opérette en trois actes. Le sujet ? La vie au camp ! Cachée dans une caisse d’emballage pendant que ses amies font le guet, elle compose Le Verfügbar aux Enfers , demandant aux unes de proposer des airs de musique pour le « livret », lisant aux autres les scènes où elle se moque de leurs tortionnaires, le terme « Verfügbar » désigne les déportées qui, n’étant pas assignées à un travail précis, formaient pour les nazis le rebut du camp. Kouri en est une, affectée aux travaux les plus pénibles et mortifères, tel le rouleur compresseur, un cylindre de 900 kilo qui sert à aplanir le sol, auquel on attelle les femmes pendant des heures.



23 Avril 1945, RAVENSBRÜKS EST LIBÉRÉ. Germaine Tillion est secourue par la Croix-Rouge suédoise avec plus de 300 Françaises. Toujours méthodique jusqu’à l’obsession pour tenir le désespoir à distance, elle les interroge une à une avant même de rentrer en France : nom, numéro de camp, dates, nom des femmes, qu’elles ont u mourir et comment… Ne rien laisser au hasard, ne rien laisser à l’oubli. Les historiens actuels lui doivent une bonne partie de leurs connaissances sur la vie des camps. « Quad je suis rentrée en France en Juillet 1945, j’avais sur moi la liste complète des trains partis de France avec le nom des femmes qui étaient dedans. » Elle apprend ainsi que sa mère, Emilie Tillion, déportée dans un autre secteur qu’elle à Ravensbrück a été assassinée dans les chambres à gaz le 02 mars 1945, à l’âge de 69 ans.



Germaine a gagné son pari. Elle doit maintenant combattre un nouvel ennemi : l’oubli. La résistance par le témoignage. Le 23 Juillet 1945, elle assiste au procès de Pétain, puis des chefs de camp de Ravensbrück, à Hambourg, en 1947. Elle poursuit avec ténacité son travail de documentation sur la déportation. Le 25 Janvier 1949, Robert Alesch, le prête qui ‘avait dénoncée ainsi que les membres de son réseau, est fusillé. En mai 1951, elle enquête au sein de la Commission Internationale contre le régime concentrationnaire (CICRC). D’un combat à l’autre, elle est aussi l’une des premières à dénoncer le totalitarisme stalinien avec l’existence des goulags en URSS. Pour Germaine Tillion, le mal n’est pas une exclusivité nazie, mais il s’enracine dans la nature humaine : « L’immense majorité d’entre nous est composée de gens ordinaires, inoffensifs en temps de paix et de prospérité, se révélant dangereux à la moindre crise. » Un constat douloureux qu’elle est bientôt obligée d’appliquer à sa propre patrie. En 1954, elle est sollicitée par le gouvernement de Mendès-France pour une nouvelle mission en Algérie. Le pays qu’elle a découvert dans sa jeunesse est à feu et à sang. En 1957, Germaine Tillion dénonce les exactions commises des deux côtés, par le front de libération nationale (FLN) et l’armée française. Le 4 Juillet dans le quartier de la Casbah d’Alger, elle rencontre en secret Yacef Saâdi, leader du FLN recherché par le général Massu, et cherche à concrétiser une médiation. Saâdi lui promet de mettre aux attentats sous réserve que soient suspendues aux exécutions capitales, Germaine Tillion va plaider sa cause auprès du général de Gaulle et le sauver de la guillotine, ainsi que 265 autres condamnés à mort. Mais l’emballement de l’Histoire en Algérie ne peut plus être arrêté.



« Dire le vrai ne suffit pas, il faut aussi dire le juste ». En 2004, elle mène son dernier combat, contre la torture en Irak. Quatre ans plus tard, dans sa 101e année, elle s’éteint. Celle qui aimait tant la France entre au Panthéon le 2 mai 2015 avec d’autres grandes figures de la Résistance, Geneviève de Gaulle-Anthonioz, Pierre Brossolette et Jean Zay. Ce jour-là, dans son discours d’hommage, François Hollande, président de la République, affirme qu’aujourd’hui Germaine Tillion « s’inquiéterait du sort des migrants en Méditerranée ». Pour la postérité, elle reste à jamais la femme prête à se battre pour « l’humanité oubliée ».

Différentes façons de considérer la Résistance

Historien de l'engagement résistant, Olivier Wieviorka montre que la Résistance peut s'organiser selon une logique de guerre, à laquelle se rattachent les réseaux et la lutte armée, ou selon une logique d'occupation, à laquelle correspondent les mouvements et les formes civiles. Henri Michel, fondateur du Comité d'Histoire de la Seconde Guerre mondiale, définissait quant à lui la Résistance comme « l'ensemble des combats menés au nom de la liberté de la patrie et de la dignité humaine » contre l'occupant et ses aides.


Des historiens comme Jacques Sémelin ou François Marcot distinguent la « Résistance comme mouvement social », souvent inorganisée, et par laquelle les populations occupées tâchent de maintenir leurs valeurs et de manifester leur esprit de refus, de la « Résistance organisation », qu'elle revête ou non des formes non-violentes. Cependant tous les historiens ne donnent pas la même importance à la thèse fondamentaliste de la résistance organisée (c'est l'approche d'Olivier Wieviorka) et de la thèse sociétale de la résistance civile.


France libre et Résistance intérieure

Le 18 juin 1940, le général de Gaulle a appelé à la radio les Français qui avaient une quelconque compétence militaire à venir le rejoindre à Londres. Ceux qui ont répondu à son appel sont normalement classés comme membres de la « France libre » ou résistants de l'extérieur.


La résistance de l'intérieur concerne les hommes et les femmes qui, en France, soit en zone occupée, dite zone Nord, soit en zone Sud, non occupée jusqu'en novembre 1942, se sont organisés pour perpétrer des actions contre les forces de l'Allemagne nazie, donc contraires à la légalité de l'occupant ou du gouvernement de Vichy.


À l'origine, en 1940, la France libre crée en métropole des réseaux de renseignement, et les premiers contacts avec les mouvements de résistance intérieure sont établis fin 1941. L'unification des deux résistances sous l'égide du général de Gaulle, est opérée notamment par Jean Moulin en 1942-1943. C'est pour symboliser cette résistance commune de la « France captive » et de la « France libre » que cette dernière est renommée France combattante en juillet 1942.


Point de vue administratif

Avant que les historiens aient eu le temps de définir ce qu'il convenait d'englober sous le terme de « Résistance », il a fallu déterminer administrativement qui avait droit de s'en réclamer, c'est-à-dire de toucher la pension à laquelle elle donnait droit. C'était un point particulièrement important pour les veufs, veuves et orphelins des 60 000 déportés qui n'étaient pas revenus des camps et des 30 000 fusillés entre 1940 et 1944.


Dès la fin de la guerre, 250 000 cartes de Combattants volontaires de la Résistance sont distribuées aux candidats présentés par les 45 mouvements homologués de la Résistance française et les 270 réseaux de la France combattante — qui dépendaient directement du Bureau central de renseignements et d'action (BCRA) de Londres. Selon cette définition administrative, les membres des réseaux du Special Operations Executive (SOE) ne sont pas comptabilisés puisqu'ils dépendaient d'une puissance étrangère, le Royaume-Uni. Certains mouvements ont été plus laxistes que d'autres pour donner leur agrément à des candidats douteux.


Par ailleurs, la loi no 48-1251 du 6 août 1948 crée le « statut définitif des déportés et internés résistants ». Le dispositif est complété par l’article 19 de la loi no 86-76 du 17 janvier 1986. Les articles 272 à 274 du code des pensions militaires d'invalidité et des victimes de la guerre fixent les conditions dans lesquelles sont attribués les titres de déporté résistant et d'interné résistant.


Point de vue militaire

L'historien peut vouloir estimer les différentes manifestations de la Résistance sous un angle strictement militaire. On se réfère souvent à l'appréciation d'Eisenhower qui évalue à l'équivalent de quinze divisions l'apport de la Résistance aux forces alliées. Un auteur comme Philippe Masson donne une estimation beaucoup plus basse, mais reste dans la même problématique : combien de divisions ? Dans une telle vision, les manifestations non directement militaires de la Résistance, par exemple, la production d'une presse clandestine, ne sont à prendre en compte que si elles sont de nature à drainer des forces vers une aide efficace aux forces alliées. Par ailleurs, des actions comme le sauvetage des Juifs, qui font partiellement échec aux plans génocidaires nazis, n'entrent pas dans une logique militaire. Selon Jean-François Muracciole, spécialiste de la Résistance, « sans l'aide de la Résistance, les Alliés auraient sans doute libéré la France en respectant un calendrier guère différent ». Cette appréciation est cependant à nuancer fortement. Par exemple, après le débarquement de Provence, le quart sud-est de la France a été libéré avec près de trois mois d'avance sur les prévisions initiales (Lyon : 70 jours, Grenoble : 83 jours), en partie grâce à l'action des FFI. En outre, le débarquement de Normandie aurait été beaucoup plus sanglant, sans les renseignements et les actions retardatrices de la Résistance.


Point de vue politique

À l'inverse du point de vue militaire, l'historien peut avoir un point de vue strictement politique où les manifestations de Résistance sont considérées dans la mesure où elles changent la donne politique, notamment en donnant une légitimité à la France libre d'abord, et aux nouveaux pouvoirs qui émergent à la Libération.


La Résistance empêche ainsi toute vacance du pouvoir à la Libération, évite au pays toute guerre civile ou toute administration étrangère (AMGOT imaginée par les États-Unis), restaure les libertés et constitue un remarquable vivier de renouvellement des élites politiques municipales et nationales. En 1946, les trois quarts des parlementaires sont d'anciens résistants. La Résistance est aussi à l'origine, par le programme du Conseil national de la Résistance14 (15 mars 1944), de la refondation du pacte social français, en engendrant les grandes réformes économiques et sociales de la Libération. Suivant ce point de vue, les actions militaires de la Résistance n'ont de la valeur que si elles ont une efficacité politique.


Mais nombre de réseaux voire de mouvements (telle l'ORA giraudiste) se refusent catégoriquement à « faire de la politique ». Inversement, beaucoup d'anciens résistants, bien au-delà des seuls rangs communistes, manifestent ultérieurement leur amertume de ne pas avoir pu changer la société et la vie politique aussi radicalement qu'ils le voulaient (Claude Bourdet, Henri Frenay).


En particulier, la Résistance a toujours été très divisée sur ce que doit être le sort des partis politiques après la guerre. Emmanuel d'Astier de la Vigerie (chef de Libération) et Henri Frenay (chef de Combat) ainsi que d'autres responsables de la résistance souhaitent que les mouvements remplacent les anciens partis disqualifiés, qu'un grand « parti de la Résistance » se forme et prenne en main la vie publique. Ils mettent en avant la faillite des partis en 1940 sinon sous la IIIe République finissante, et l'inexistence de la plupart d'entre eux en tant que tels dans la Résistance. Jean Moulin a dû mener un long bras de fer contre Pierre Brossolette ou Henri Frenay pour faire admettre les partis au Conseil national de la Résistance (juin 1943) : les Alliés ne pourraient pas en effet comprendre leur absence. Cette réintégration des partis et l'échec rapide de la Résistance à engendrer ses propres formations politiques après la guerre sont l'objet jusqu’à nos jours de longues polémiques, surtout au vu des déceptions nombreuses engendrées par la IVe République, taxée souvent de « régime des partis ».


Mais le poids considérable des communistes, des socialistes et des démocrates-chrétiens dans la Résistance ne pourrait empêcher le PCF, la SFIO et le MRP de jouer de toute façon un rôle-clé dans la France libérée. De surcroît, un mouvement de résistance n'a rien d'un parti politique. Il recrute par cooptation au hasard de multiples rencontres secrètes indépendantes les unes des autres, il rassemble de façon hétéroclite des hommes de toutes convictions et de tous horizons et est dépourvu de fichiers d'adhérents ou de démocratie interne.


Enfin, peut-on changer la vie politique en quatre années seulement, aussi intenses soient-elles ? Le socialisme, le radicalisme, le communisme, etc. existent alors depuis des décennies et veulent dire quelque chose pour la nette majorité des Français. Les résistants ne sont que 2 ou 3 % de la population, et leurs formations ne signifient pas grand-chose en tant que telles aux électeurs.


Léon Blum, de sa prison, souligne aussi que les partis sont indispensables à la démocratie, et que toute tentative de les disqualifier et de les remplacer renverrait dans les ornières de l'antiparlementarisme et des tentations autoritaristes, qui ont déjà tant fait de dégâts dans les années 1930 puis sous Vichy.


Aussi, si les résistants ont eu une efficacité politique indéniable et, pour beaucoup, un brillant destin public après-guerre, la Résistance en tant que telle échoue bel et bien à se prolonger sous une forme politique.


Motivations de l'engagement résistant

Composantes politique et militaire de la Résistance peuvent être parfois séparées. Il y a en fait plusieurs aspects dans l'activité de la Résistance en France, pendant la Seconde Guerre mondiale :


une réaction nationale contre l'occupation étrangère et de lutte militaire pour l'indépendance nationale, l'une des principales motivations chez la majorité des résistants ;

une lutte politique et morale contre le nazisme, contre la dictature, contre le racisme et la déportation, qu'il faut aussi prendre en compte si l'on veut pouvoir expliquer la présence d'Allemands dans la Résistance française et même d'un maquis d'antifascistes allemands entre 1942 et 1944, dans les Cévennes. Dans cette composante politique et morale, il faut aussi situer le Mouvement National contre le Racisme qui publie Fraternité et J’Accuse ou les réseaux de chrétiens à l'origine de Témoignage chrétien. On peut aussi situer dans cette seule dimension politique la résistance trotskiste, ainsi que les unités espagnoles de guérilla dans le sud-ouest.

la promulgation du STO pousse des centaines de milliers de Français à rejoindre les maquis.